Chapitre 27 : Les mémoires de Baxton

Auteur : SteF
Date de parution : Juillet 2008

C'était un vendredi. Il devait être aux alentours de 23h00. J'avais troqué mon costume rouge et bleu pour un beaucoup plus sobre. Intégralement en cuir noir. Des grosses bottes aux extrémités renforcées de métal, en passant par les petites sacoches attachées à ma ceinture, sans oublier le masque. Tout en noir. Ainsi, sur les toits des immeubles de Longshot Street, à une heure aussi tardive, où le voile de la nuit était tombé, j’étais comme invisible. Ce costume me procurait une sensation étrange. Un bien-être étonnant. Non pas que je le sentais prendre possession de moi, tel un symbiote me suçant le cerveau. Non non. C’était juste que j’étais bien, dans ce costume. Je comprenais un peu mieux pourquoi Bruce avait choisi ce genre de costume. Bruce… Encore aujourd’hui, j’ai peine à croire que Batman soit mort à cause d’une stupide balle à la tête. Nous étions très différents, mais notre but était le même. La justice! Et malgré ses méthodes particulières, je le respectais, contrairement à son remplaçant, complètement taré. Mais vous aurez l’occasion de vous en rendre compte par vous-même, lorsque vous aurez avancé dans le livre et découvert l’aventure que j’ai partagée avec lui, lors d’une nuit d’Halloween.

Pour en revenir au costume, combien de temps allais-je le garder? Seulement le temps de cette enquête. Car bien qu’extrêmement discret, ce costume n’allait pas tarder à me foutre le cafard. Non mais c’est vrai. Noir. ENTIEREMENT noir. Cela convenait peut-être à la lignée McKenzie, mais moi j’étais Steelman. Le noir, ça allait un peu, mais je savais pertinemment que si je le gardais plus de deux jours, je me tirerais une balle. Et vu que ça n'aurait servit à rien, j’aurais déprimé encore plus...

Enfin bref. Tout ça pour dire que j’avais endossé le costume de Nighthawk. Quelques heures plus tôt, Martin McKenzie m’avait demandé de l’aider afin de coincer un type qui semait la mort autour de Longshot Street. Vu l’état des cadavres, le meurtrier n’était pas un gars comme les autres. Et les flics n’aimaient pas se frotter à ce genre de type. Après quelques recherches, Martin avait trouvé qui avait habité à Longshot Street. Aaron Kearse. C’était un flic qui avait mal tourné, c'était le moins que l'on pouvait dire. Il s'était filmé en train de tuer sa collègue et son fiancé. Un gros malade, quoi! Enfin, ça n'était pas aussi simple. J'avais eu l'occasion de le rencontrer une fois. Il se faisait appeler le Punisher. Il n'hésitait pas à flinguer tout ce qui était violeurs, dealers, meurtriers, et j'en passe. Une sorte de justicier urbain. La fois où j'avais bossé avec lui, il m'avait expliqué que, selon lui, le meurtre de sa collègue était un coup monté par l’Ordre. Oui oui. L'Ordre. Ceux-la même qui m'ont apparemment donné mes pouvoirs. Et d'après ce que je savais d'eux, c'était tout à fait possible.

Depuis cette rencontre, il avait disparu dans la nature. Je n'avais plus entendu parler de lui. Et visiblement, il était de retour. Mais ce qui m'étonnait plus que l'état des corps, c'était les identités des victimes (pour celles qu'on avait pu identifier). Laurie Strode, une mère célibataire. Tsugumi Ohba, un mangaka. Jeff Hardy, un pilote d‘avion. Edward Baker, un détective privé. Erin Grant, une stripteaseuse. Pas vraiment les profils qui intéressaient le Punisher.

"Monsieur Baxton? dit une voix dans l'oreillette de mon masque. Toujours rien?
-Non. Et je commence à trouver le temps long.

La voix était celle de Martin McKenzie. D'après ce que j'avais comprit, il était celui qui avait créé la Young Justice, et celui qui leur donnait leurs missions.

-Il est encore tôt. Il a toute la nuit devant lui.
-Avec tout ce qu'on a entendu dans les médias, tu crois vraiment que des gens vont mettre leur nez dehors au risque de se faire transformer en tableau de Picasso?
-Les gens sont cons!
-Mouais... C'est pas faux.
-Oh putain! C'est pas vrai!
-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?
-Je viens de me faire tuer...
-Pardon?
-Un connard d'Elf de la Nuit m'a eu...

J'ai oublié de préciser que Martin était aussi un no-life de 19 ans. Enfin, pas vraiment no-life. Disons qu'il était à mi-chemin entre le simple geek et le no-life.

-Ne me dis pas que tu es en train de jouer à Guilde machin-truc...
-Pas du tout. C'est World of Warcraft..."

Irrécupérable, vous dites-vous? J'ai pensé exactement la même chose à ce moment-là. Mais comme il me dit, il ne se passait rien pour l'instant aux alentours de Longshot Street. Alors je poussais un soupir et ne dis plus un mot, le laissant pourfendre à sa guise sorciers et nains. Pour ma part, je décidais d'entreprendre une ronde au dessus des quartiers mitoyens à Longshot Street. Il fallait absolument que je bouge, si je ne voulais pas péter un câble. Je pris donc mon envol, à l'affût du moindre mouvement suspect. Martin, quant à lui, en plus de tenter de gagner des points d'expérience, était branché sur la ligne d'appels de la police. Toute conversation téléphonique traitant du secteur passerait par Martin, qui me la transmettrait.

En survolant les habitations, je pensais à tout un tas de trucs.
Pour commencer, Kev'. Mon jeune frère que je n'avais pas vu depuis dix ans, écrivait un comic-book sur moi. Enfin, sur Steelman. Et il était à New York. Était-ce un signe du destin? Devais-je reprendre contact avec ma famille? Franchement, je n'en avais pas envie, trop dégoûté de leur réaction lorsque Monica m'avait accusé de l'avoir violé. Mais peut-être était-il temps de tourner la page... Bien sûr, à ce moment-là je ne savais pas que le problème allait se régler tout seul, que je le veuille ou non.

Toujours est-il que ma ronde dura jusqu’à 5h30 du matin, sans qu’il n’y ait le moindre signe de celui que l’on suspectait d’être le Punisher. Le jour n'allant pas tarder à se lever, il n'y avait plus de risque qu'une attaque ait lieu, l'assassin n'agissant que de nuit.

Je retournai donc au manoir McKenzie afin de me changer. Là, je me mis d'accord avec Martin de reprendre le boulot la nuit suivante. Puis une demi-heure plus tard, j'étais chez moi.

J'ouvris le frigo pour me prendre une bière, et constata qu'il était vide. Enfin, vide... Il y avait quand même deux bières, un tube de mayonnaise à moitié vide, une canette de coca-cola et une boite en plastique carré. J'avais beau me creuser les méninges, impossible de me rappeler ce que j'y avais mit. Je saisi l'objet et soulevai le couvercle. La boîte alla directement à la poubelle. Je suis comme ça, moi. Quand je n'arrive plus à identifier de la nourriture, je jette. Et vu l'état du truc (y'avait pas d'autres mots), c'était le mieux à faire. J'ai balancé la boite avec, parce que je savais qu'elle était irrécupérable. Allons bon, voila que je m'égare encore. En tout cas, c'est à ce moment-là que je réalisai que je devais faire attention à ce qu'il y avait dans mon frigo. Depuis que j'avais découvert que je n'avais plus besoin de me nourrir, j'avais délaissé mon frigo. Si je ne voulais pas qu'Adeline ou Clara ne se posent des questions, il fallait que je sois plus vigilent que ça. C'était pourquoi j'allais faire des courses vers 9h.
Je me souviens de l’heure, car dans le rayon fruits et légumes, un homme me demanda l’heure. Tellement occupé à tenter d’attraper ce satané pamplemousse qui était en hauteur, je jetai un rapide coup d’œil à ma montre, sans poser les yeux ne serait-ce qu’une seconde sur l’inconnu.

«8h55, répondis-je en saisissant le fruit, triomphant.
-Merci, Jim.»

Du coup, l’inconnu attira mon attention. Je tournai la tête, pour me trouver en face de mon cher frère : Kevin Baxton.

«T’as l’air en forme, lança-t-il avec un petit sourire.
-Heu… Ouais… Toi aussi… »

Un silence trahissant un certain malaise s’installa. Au bout de quelques secondes, la jeune femme qui tenait son bras tira légèrement sur ce dernier...

Je viens de me rendre compte que je n’ai pas encore parlé de la jeune femme. D’avance, désolé pour la description qui va suivre, mais je n’ai jamais été doué pour décrire les gens. D’origine asiatique, la trentaine, ses longs cheveux bruns (avec quelques mèches rouges) étaient réunis en queue de cheval. Elle paraissait petite auprès de mon frère (qui pourtant ne mesurait que 1m75). D’après la rondeur de son ventre, elle devait être enceinte de 8 mois.

Elle tira donc sur le bras de mon frère, qui ainsi rompit le silence.

«Ah oui! Je te présente Sadako. On est fiancé depuis 7 mois.
-Enchanté, dit-elle en me tendant une main que je saisis.
-Moi de même. Je vais être tonton? demandai-je innocemment en pointant du doigt le ventre de Sadako.
-Oui, répondit Kevin. Tu va avoir une nièce : Azumi.
-Cool.
-Jim, est-ce que je pourrais passer te voir cet après-midi…

Je lui coupai aussitôt la parole. Je n’étais pas encore prêt. Même après dix ans.

-Je ne sais pas… Je suis pas mal prit…
-C’est au sujet de papa. Je… Ce n’est pas l’endroit idéal pour t’annoncer ça, mais… Il est décédé il y a plusieurs mois… »

Ca, j’avoue, je ne l’avais pas vu venir. Alors là, je pourrais dire qu’à ces mots, le monde s’écroula sous mes pieds. Que je failli tomber dans les pommes. Que même les coups d’Hypérion ne m’avaient jamais fait autant souffrir. Mais je ne vais pas vous mentir. Ca ne m’a pas heurté plus que ça. Bien sur, j’ai ressenti un petit quelque chose. Mais je n’étais pas effondré.

«Que s’est-il passé? demandai-je en mettant le pamplemousse dans mon panier.
-Une fois de plus, ce n’est pas l’endroit idéal pour en parler. Il faut vraiment que je te vois chez toi…»

Je réfléchis quelques instants, puis lui donnai mon adresse. Il la nota sur sa main, en me disant qu’il passerait dans l’après-midi, après l’échographie de Sadako.

Je terminai mes achats, et pris la direction de mon appartement, un sac de courses dans chaque bras. Sur le chemin, je m’arrêtai à un comic-shop et achetai le dernier numéro de «The Greatest Hero», la bande dessinée s’inspirant de Steelman et scénarisée par mon frère. J’étais très curieux de voir ce que cela donnait. Le vendeur me lança un regard accusateur, semblant vouloir dire: « Vous n’avez honte de rien! »

-Il y a un problème ? demandai-je innocemment.
-Non non, pourquoi ?
-Allez, dites-le! Je sais que ça vous démange.
-Très bien! Vous ne savez pas ce que ce soi-disant héros a fait ?
-Si, mais…
-Et vous achetez quand même cette BD ?
-Vous la vendez bien.
-Ca n’a rien à voir…
-Au contraire! Vous pourriez refuser de la commercialiser. Alors pourquoi continuer à la commander, si vous n’approuvez pas cette vente ? Peut-être parce qu’elle s’écoule très bien, non ?»

Le vendeur marmonna quelques choses entre ses dents, après quoi il me demanda 2,99$.

Arrivé chez moi, je rangeai mes courses, posai le comic-book sur la table basse du salon et pris le téléphone. Je composai le numéro du portable de Clara. C’était la huitième ou neuvième fois que je tentais de la joindre. Elle ne m’avait pas donné de nouvelles depuis la veille, alors qu’elle était partit à son rendez-vous chez le médecin, au sujet de ses maux de tête.
Je fis donc le numéro, et tombai une fois de plus sur son répondeur. Je laissai encore un message, et raccrochai. Aussitôt, le portable dans ma poche de jean se mit à vibrer. Je le pris et constata que c’était un appelle de la First Saving, la banque où j’avais travaillé. J’eu un petit sourire.

«Bonjour Adeline.
-Salut Jim. Je voulais savoir si on déjeunait ensemble aujourd’hui.
-Pas de problème! On se retrouve au Common Grounds à 13h00 ?
-Ca marche. Je t’embrasse.
-Moi aussi.»

Avant de me faire renvoyer, j’avais bossé deux ans avec Adeline Campbell. Et il avait fallu que je me fasse mettre à la porte pour qu’on se décide à sortir ensemble. Je savais que tôt ou tard, je devrais choisir entre elle et Clara, mais j’étais décidé à vivre l’instant présent. Et puis, comme pour mon frère, cette situation allait se résoudre d’elle-même.
Je déjeunai donc avec elle. Puis elle retourna travailler, pendant que je retournai chez moi, attendant l’heure fatidique de la visite de mon frère.

Vers 15h00, la sonnette de la porte d’entrée retentit. J’allai ouvrir en traînant les pieds. Vraiment, je n’avais pas envie de le voir.

«Salut, lança Kevin avec un grand sourire.
-Salut, répondis-je avec la même grimace forcée. Entre! Tu veux boire quelque chose ?
-Non, merci.
-Assieds-toi, dis-je en désignant le canapé.

Kevin s’exécuta. A peine assit, il saisit le comic de Steelman que j’avais laissé sur la table basse.

-Comment tu trouves? me demanda-t-il, alors que je prenais place sur le fauteuil en face de lui.
-Je ne l’ai pas encore lu.
-Et les numéros précédents ?
-C’est le premier que j’achète. Dis, tu vas attendre longtemps avant de me parler de papa ?
-Désolé.

Il reposa la BD sur la table et s’enfonça dans le canapé.

-De quoi est-il mort? demandai-je.
-Il… Il a été assassiné il y a plusieurs mois…

Lui, il avait le chic pour me balancer des bombes en pleine tronche.

-Quoi? m’exclamai-je. T’en es sûr ?
-A 95%.
-Par qui? Et pourquoi?
-Avant tout, d’après ta réaction, j’en déduis que tu ne suis pas les Primaires qui se déroule en ce moment…
-Hein ?
-La course à la Présidence…
-Heu… Non… Mais je ne vois pas le rapport…
-Tu vas comprendre. Mais je te préviens tout de suite, ça ne va pas être facile à avaler.
-Comment ça ?
-Je suppose que tu n’as jamais entendu parler de l’Agence... C’est une organisation secrète qui traque les phénomènes surnaturels pour les surveiller ou les contrôler. Et si elle ne peut les contrôler, elle les détruit.
-Ok, je repose ma question : quel rapport avec notre père?
-C’est simple : il en était le chef et il avait lui-même de grands pouvoirs.
-Tu débloques, Kevin! Papa était électricien…
-C’était une couverture. Il dirigeait l’Agence depuis de nombreuses années…
-S’il était effectivement membre de cette organisation secrète, comment se fait-il que tu sois au courant? Tu bosses aussi pour eux?
-Non. J’ai trouvé étrange qu’on ne nous laisse pas voir son corps, à maman et à moi. Et le lendemain de l’annonce de sa mort, des types habillés en Men in Black ont attendu que la maison soit vide pour venir la fouiller. Je le sais car je les ai vu de ma voiture. Enfin, deux jours plus tard, maman s’est vu verser sur son compte une somme mirobolante, lui assurant de vivre en dehors du besoin durant le restant de ses jours. La personne lui ayant versé cet argent était un certain Charles Stillman, qu’on n’a jamais pu contacter.
-Pas étonnant. Charles Stillman était le nom que papa avait donné au héros de son roman qu’il avait commencé à écrire quand il était à la fac.
-Ca confirme ce que je pensais : il avait prévu l’éventualité de mourir prématurément.
-Mais tout ça ne répond pas à ma question. Comment sais-tu tout ça ?
-J’ai engagé un détective privé. Et d’après ce détective, papa aurait été tué par un puissant sorcier. Il était sur le point de m’en apprendre d’avantage, mais Baker a disparu du jour au lendemain.
-Baker? répétai-je en écarquillant grand les yeux.
-Oui, le détective. Edward Baker. Tu le connais?

Edward Baker était sur la liste des morts retrouvés autour de Longshot Street. Une des victimes du Punisher, si c’était bien le Punisher. Mais je ne pouvais pas dire cela à Kevin. Comment aurais-je pu connaître le nom des victimes, alors que les médias n’en n’avaient pas parlé. Il fallait que je trouve quelque chose à lui dire qui n’aurait pas éveillé ses soupçons.

-Heu… Non non, ça ne me dit rien. J’avais mal compris.

Je sais, voila le genre de réaction qui éveille les soupçons. C’est pourquoi j’enchaînai aussitôt.

-Pourquoi m’avoir parlé des Primaires, tout à l’heure ?
-C’est là que ça devient encore plus tordu. Allumes la télé, je suis sûr qu’on va en parler.»

J’obéis, sans savoir ce qui m’attendait.

"…de ne rien tenter contre Hulk. Pour clore cette édition, la rédaction vous propose aujourd’hui de faire le portrait d’un des candidats à la Présidence des Etats-Unis, le candidat Républicain Bill Baxton…"

«Oh putain ! » me dis-je, alors que mon père apparaissait à l’écran, discourant devant une foule qui buvait ses paroles.

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